Aujourd’hui l’utilisation des pesticides est de plus en plus décriée par le grand public. L’utilisation de produits de synthèse fait peur, et comme beaucoup d’agriculteurs, ce n’est pas la partie du métier que j’aime le plus.

L’objectif de mon article n’est pas de défendre le glyphosate auprès du grand public. Il est destiné à l’ensemble des agriculteurs qui l’utilisent dans le cadre d’un système en ACS.
Je me suis posé la question de son utilisation et de ses limites suite à une question d’un membre d’AgroLeague à Hubert Charpentier sur notre espace privé.

Dans cet article, on a essayé avec Hubert de décortiquer le vrai du faux dans tout ce que l’on pouvait entendre dans la plaine.

Le glyphosate agit uniquement sur les plantes en place sur lequel il est appliqué. Est-ce vraiment vrai ?

Depuis que je suis entré chez Agroleague, certains agriculteurs expérimentés m’ont parlé de toxicité et d’impacts négatifs sur la culture qui suit, quand la durée entre l’application du glyphosate et le semis de la culture est trop courte.

Un exemple en France m’a été donné par un agriculteur de la league, qui suite à une application de glyphosate le jour du semis, et une forte pluie derrière l’application, affirme que les cultures semées (prairie multi espèces et soja) n’ont pas levées.

Il est aujourd’hui persuadé que ces phénomènes sont liés, et je vous expliquerai plus bas le mécanisme agronomique qu’il peut y avoir derrière.
Il y a ensuite des références au niveau mondial sur les inconvénients des applications du glyphosate quand elles sont mal maîtrisées.

Hubert Charpentier, référent technique chez Agroleague donne deux inconvénients majeurs liés à son utilisation.

1- Toxicité liée à une application du glyphosate trop proche du semis de la culture.

Après application du glyphosate qui est un produit systémique et qui est véhiculé jusqu’aux racines des plantes, celles-ci cherchent à se détoxifier en relarguant du glyphosate dans la solution du sol.
Les doses de glyphosate relarguées sont certainement très faibles et sont dépendantes d’une part des conditions de sol (en particulier d’humidité) et d’autre part des plantes et de la densité du couvert végétal en place au moment du traitement. Ces faibles doses sont suffisantes pour avoir un impact négatif sur la culture qui suit. Afin de minimiser ce phénomène, il est nécessaire de laisser une durée suffisante entre l’application du glyphosate et son relargage dans la solution du sol et le semis de la culture.

Preuve à l’appui

Des essais ont été effectués par plusieurs organismes au niveau mondial qui mettent en évidence l’impact négatif sur les cultures d’une application de glyphosate trop proche du semis. Des ingénieurs de Monsanto ont par exemple chiffré cet impact sur du soja installé en semis direct sur différents couverts végétaux (avoine, ray-grass, jachère multi-espèces). Différentes dates d’application ont été testées: 21 jours — 14 jours — 7 jours avant semis, le jour du semis et 7 jours après le semis. Aucune toxicité n’est constaté 21 jours avant semis, faible toxicité 14 jours avant semis (2 à 7%). Par contre, toxicité allant de 7 à 26% pour les autres dates. La toxicité la plus forte est constatée sur couvert de ray-grass, et cela est peut-être liée à la densité de son système racinaire.

Un effet insidieux

Beaucoup d’agriculteurs ignorent ce phénomène et cela est certainement lié au fait que l’effet du glyphosate sur la culture qui suit est assez insidieux. Il n’est pas forcément très visible sur la végétation; son impact est par contre plus important sur le système racinaire. D’autre part, peu d’agriculteurs ont comparé dans le même champ une partie traitée au glyphosate et une partie non traitée.

Pour ces différentes raisons, Hubert Charpentier n’applique jamais dans sa ferme de glyphosate moins de 10 jours avant le semis de la culture, ce qui ne lui pose pas de problèmes techniques particuliers. Il utilise de 1 à 1,5 litres de glyphosate (360g MA /l) à l’hectare en fonction des plantes à traitées. La pulvérisation se fait à bas-volume (40 litres de bouillie à l’hectare), en ajoutant du sulfate d’ammoniac (2% du volume de bouillie) et un mouillant (SILWET à 0,01% de bouillie) dans les conditions d’humidité de l’air supérieure à 80%.

2 — Impacts négatifs des doses fortes et répétées de glyphosate sur la microflore du sol.

Cela concerne surtout les pays où des cultures OGM résistantes au glyphosate sont autorisées. Le glyphosate est appliqué plusieurs fois avant et en cours de végétation, ce qui engendre une dose totale de glyphosate à l’hectare importante durant le cycle cultural.

Effet sur les bactéries qui entrainent des carences.
Des effets très négatifs ont été constatés sur la microflore du sol. Le plus connu de ces effets concerne les bactéries qui réduisent en particulier le fer et le manganèse et les rendent ainsi disponibles pour les cultures. Des carences fortes de ces éléments ont ainsi été constatées suite à des fortes applications de glyphosate.

D’autres cas de perturbations de la microflore ont été enregistrés dans différents pays après fortes applications de Glyphosate. Au sud Brésil, du cotonnier semé l’année suivant une culture de soja OGM traitée plusieurs fois au glyphosate meurt dès le début de la végétation. Le glyphosate a en effet détruit la microflore auxiliaire qui contrôlait naturellement les maladies de fonte de semis du cotonnier (fusariose, pythium…).

Doses faibles, doses faibles, doses faibles.
Il est donc fortement conseillé d’utiliser le glyphosate à des doses relativement faibles (inférieures à 3 litres/ hectare), ce qui ne pose aucun problème en Agriculture de Conservation quand elle est bien conduite.

Pour résumer

Le Glyphosate doit être utilisé au minimum 10 jours avant le semis des cultures et à des doses relativement faibles. Les bonnes conditions d’application du produit permettent une très bonne efficacité à ces doses là.


Cet article a été écrit par Pierre-Edouard Schadeck.
Vous avez aimé cet article 💌 ? N’hésitez pas à le partager 📣📣.

Envie d’avoir de meilleurs sols, de meilleures marges, tout en évitant 80% des erreurs. AgroLeague vous aide à gagner du temps.
🌟 Nous sélectionnons 40 fermes/ 2 mois vous pouvez postulez sur http://agro-league.com/postulez.