Encore trop peu de gens voient le couvert végétal comme un investissement. Nous avons eu envie de dédier ce post à une technique que nous jugeons performante dans certains contextes : le trèfle blanc, un couvert (semi) permanent.

Les couverts végétaux sont la porte d’entrée à l’Agriculture de Conservation des Sols. On entend souvent ce constat, mais pourquoi ? Quel est l’intérêt ?

“La gestion des écosystèmes cultivés en Semis Direct sur Couverture Végétale permanente (SCV) vise à leur permettre de reproduire le fonctionnement d’un écosystème naturel forestier.”

Principes et fonctionnement des écosystèmes cultivés en semis direct sur couverture végétale permanente, L. Séguy, H. Charpentier

Tendre à reproduire un écosystème naturel forestier permettrait de tendre vers une entreprise performante ? Vraiment ?

Oui, oui et re-oui ! La forêt est un milieu qui produit de grandes quantités de biomasse sans intervention extérieure. A chaque fois que le sol est travaillé ou laissé nu, il fait tout pour se couvrir à nouveau. L’objectif en agriculture de conservation des sols, c’est donc la couverture permanente du sol par des plantes qui apportent des bénéfices au système. CQFD

Revenons, sur notre couvert permanent de trèfle. Quel pourrait être l’intérêt ?

Un couvert peut avoir de multiples bénéfices, fixation d’azote, favorisation de la vie du sol, formation de matière organique stable, protection de la structure face aux intempéries. De plus s’il est permanent, l’étape d’implantation annuel n’est pas nécessaire. C’est donc une économie de mécanisation et de semences.

Dr. Christine Jones, chercheuse en agriculture régénérative soutient que le “pont vert” assuré par les plantes pérennes d’un couvert (semi) permanent permet des augmentations de carbone importantes en un temps relativement court. Elle explique que le carbone transmis au sol par les exsudats racinaires permet de créer de la matière organique stable contrairement au carbone issu de la décomposition des résidus de culture.

“Le flux de carbone liquide qui circule dans l’écosystème du sol par le biais du cytoplasme des champignons mycorhiziens, peut être stabilisé rapidement par humification et conservé de manière permanente.” (C. Jones)

Je vous ai perdu ? Attendez, jetons un oeil du côté de ceux qui pratiquent (la théorie, ça va 2min).

Un exemple concret : le trèfle blanc nain !

Eric et Michel, agriculteurs de la League ont choisis de développer un système de semis direct sous couverts (semi) permanents de trèfle blanc.

Photo prise chez Michel Fradet

Le trèfle blanc a une croissance modérée, ce qui évite les risques de concurrence avec la culture en place. C’est une légumineuse, qui permet le développement de champignons mycorhiziens. Ces derniers fixent l’azote de l’air et solubilisent les éléments tels que le phosphore du sol pour le rendre disponible à la plante.

Chez Eric de Wulf : le trèfle, pour un colza associé des plus performants !

Eric de Wulf est installé dans l’Aisne, il cultive en semis direct depuis 18 ans. Il sème son colza avec des cultures associées et depuis peu avec du trèfle blanc.

Implanté directement avec la culture, il reste vivant tout au long du cycle de vie de celle-ci sans la concurrencer.
L’implantation d’un colza associé avec un trèfle est à faire une dizaine de jours avant la date d’implantation d’un colza en monoculture conventionnel pour laisser le temps aux plantes associées de se développer.

Un trèfle cultivé en plein a une capacité de fixation d’azote de 400 unités à l’hectare. Sachant qu’associé à une autre culture, cette capacité de fixation est moindre et que la dose sera relarguée sur plusieurs années, Eric diminue son apport d’azote par rapport à une dose d’azote sur colza en monoculture. Après la récolte du colza, le trèfle reprend sa croissance.

Bilan : aucune période sans couverture vivante sur le sol. Le blé qui suit le colza est implanté en direct dans le trèfle. Eric ne compte pas sur le trèfle après la récolte du blé. Il souhaite par contre à tout prix éviter la concurrence sur le blé, et pour ceci, applique de l’Allier au printemps.

Chez Michel Fradet : le trèfle blanc nain sur toute la rotation !

Depuis 5 ans, Michel pratique un itinéraire technique en couverture permanente de trèfle blanc nain dans une rotation de cultures d’hiver.
Le plus grand avantage qu’il y voit est la couverture permanente du sol, élément clé pour améliorer la vie du sol et gérer les adventices. En effet, le trèfle est présent en permanence, ne laissant que peu d’opportunités pour les mauvaises herbes de se développer.

Le trèfle est implanté pour 4 ou 5 ans : Colza → blé → pois ou féverole → blé à nouveau.

Après 5 ans en couverture permanente de trèfle, Michel voit sa population d’adventices diminuer significativement. Il envisage maintenant de réduire les doses d’herbicides appliquées.

“La soixante-huitième Assemblée générale des Nations Unies a proclamé 2016 année internationale des légumineuses”

Cette couverture permanente de légumineuses est porteuse de sens et d’avenir. Ce système est décliné chez certains agriculteurs avec d’autres cultures telles que la luzerne ou le Lotier Corniculé. C’est une réduction de charges directe. Laurent Terrien, agriculteur de la league, sème un maïs dans une luzerne gardée vivante. Il permet de supprimer des interventions et un passage de semis dans le sol. La prochaine étape sera-t-elle le semis à la volée pour encore moins de perturbations de sol ?

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Cet article a été écrit par Pierre-Edouard Schadeck.