Chez AgroLeague, nous croyons qu’il est essentiel de retrouver un sol en bonne santé pour la rentabilité des fermes, et aussi pour la santé des consommateurs. Le lien n’est pas forcément évident, et il faut pouvoir l’expliquer !

Pour cela, on s’inspire des meilleurs experts : Dr Christine Jones est une chercheuse reconnue mondialement pour son travail sur les pratiques de régénération des sols. J’ai choisi de vous traduire un extrait de l’article “Light Farming: Restoring carbon, organic nitrogen and biodiversity to agricultural soil”, qui explique le lien entre la vie du sol et la qualité de notre alimentation de façon très claire et pertinente.


Sur les 150 dernières années, beaucoup des sols arables ont perdus 30 à 75% de leur carbone, ajoutant des milliards de tonne de Co2 dans l’atmosphère. (1)

Les pertes de carbone du sol diminuent significativement le potentiel productif des terres, et la rentabilité des fermes. La dégradation des sols s’est intensifiée ces dernières décennies, avec environ 30% des sols cultivés abandonnés dans les 40 dernières années du fait de la dégradation des sols. C’est énorme ! Avec une population mondiale prévue à 10 milliards en 2050, la nécessité de restaurer les sols n’a jamais été aussi pressante.

La destruction des sols impact aussi la santé des humains et des animaux

Il est grave de voir que depuis les années 1940, la quantité de nutriments de tous nos aliments a chuté de 10 et 100%.

Aujourd’hui, un individu doit consommer deux fois plus de viande, trois fois plus de fruits, et quatre fois plus de légumes pour obtenir la même quantité de minéraux et oligo-éléments qu’en 1940.

Voici quelques chiffres publiés par le Dr David Thomas (2)et le conseil de recherche médicale pour le ministère de l’agriculture Britannique. (Le travail a été fait pour 27 types de légumes et 10 types de viande)

Épuisement des minéraux dans les légumes (1940–1991)

  • Calcium → baisse de 46%
  • Fer → baisse de 27%
  • Magnésium → baisse de 24%

Dr David Thomas a aussi observé des variations dans les proportions des minéraux entre eux. Or il y a un ratio optimum pour un bon fonctionnement physiologique, et donc on peut supposer que ces changements peuvent avoir un impact sur la santé.

Retrouver un bon taux de nutriments dans notre alimentation

Il est communément admis que la diminution significative de la quantité de nutriment des aliments produits par l‘agriculture conventionnelle est due à “l’effet de dilution” : comme les rendements augmentent, le contenu en minéraux chute. Cependant, les mauvais taux de nutriments ne sont pas observés dans les productions à hauts rendements issues de cultures ou de pâtures sur des sols en bonne santé et avec une forte activité biologique. C’est même l’inverse qu’on observe !

A part dans de rare cas, les minéraux et oligoéléments sont toujours présents dans le sol. La plupart des « déficiences » observées aujourd’hui dans les plantes et les animaux sont dues aux conditions du sol qui ne sont pas propices à l’absorption des nutriments. Les minéraux sont présents, mais ne sont pas disponibles pour la plante. Ajouter des éléments pour corriger ces “déficiences” est inefficace. Il faut plutôt se tourner vers les causes biologiques de ces dysfonctionnements.

« Il ne peut pas y avoir de vie sans sol et de sol sans vie ; ils ont évolués ensemble »
(Charles E.Kellogg, USDA Yearbook of Agriculture, 1938)

La vie du sol pour une bonne alimentation des cultures

95% de la vie sur terre réside dans les sols et la majorité de l’énergie de ce monde incroyable dérive du carbone des plantes.

→ Les exsudats racinaires sont les sources de carbone les plus riches en énergie. En échange de ce « carbone liquide » (notion développée par C.Jones dans ses précédents articles), les micro-organismes qui vivent près des racines des plantes , et ceux liés aux plantes via des réseaux de champignons, augmentent la disponibilité des minéraux et des oligo-éléments nécessaires pour maintenir la santé et la vitalité de leur hôte. L’activité microbienne favorise aussi le processus d’agrégation, favorisant la stabilité structurale du sol, l’aération, l’infiltration et la capacité de rétention en eau. Tous les êtres vivantes, au dessus et en dessous du sol, profitent du bon fonctionnement du pont plante-micro-organisme.

Malheureusement, beaucoup des pratiques culturales modernes ont sévèrement compromis les communautés microbiennes, réduisant sévèrement le carbone liquide transféré et stabilisé dans le sol. Cela créé des impacts négatifs tous le long de la chaîne.

La capacité du sol à produire des cultures, des pâtures, des fruits et légumes riches en nutriment nécessite la présence de diverses familles de micro-organismes de différents groupes fonctionnels. La majorité des micro-organismes impliqués dans l’acquisition des nutriments sont dépendants des plantes. Ils “répondent” aux composés carbonés exsudés par les racines des plantes vertes en croissance.

La plupart des micro-organismes dépendants des plantes sont impactés négativement par l’usage des herbicides, fongicides, insecticides. L’utilisation des produits chimiques réduit l’absorption racinaire, affecte la réponse immunitaire des plantes, et entraîne souvent un besoin supplémentaire de chimie.

En clair, le fonctionnement de l’écosystème du sol est determiné par la présence, la diversité, et le taux de photosynthèse des plantes vertes en croissance, de même que la presence ou l’absence de molécules chimiques

Mais qui gère les plantes, et les produits chimiques ?

Vous l’avez deviné…c’est nous.

C’est à nous de restaurer l’intégrité du sol, la fertilité, la structure, la réserve utile en eau, sans essayer de guérir les symptômes, mais à travers notre manière de gérer les filières de production.

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(1) Lal, R. (2004). Soil carbon sequestration to mitigate climate change. Geoderma, 123(1–2), 1–22.

(2) Thomas, D. (2003). A study on the mineral depletion of the foods available to us as a nation over the period 1940 to 1991. Nutrition and Health, 17(2), 85–115.