Hubert Charpentier est un des consultant AgroLeague et surtout propriétaire d'une ferme de 175 hectares en Champagne berrichonne Champagne berrichonne entre Bourges et Châteauroux Centre de la France. La ferme est en semis direct sur couverture végétale depuis 18 ans. Il y a deux types de sols sur cette exploitation : des sols argilo calcaire (les sols les plus courants de Champagne berrichonne) et une petite partie de l'exploitation sur des sols sableux (cela correspond à des défriche de forêts ce qui fait que ce sont des sols beaucoup plus difficiles que les argilo calcaires puisqu'ils sont très séchant)

Hubert a eu un autre métier puisque qu’il a travaillé près de 25 ans au CIRAD (Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement) Il a travaillé à partir des années 85 sur des projets de développement qui traitaient du semis direct sur couverture végétale sous les tropiques. Ce sont des techniques qui se sont avérées très rapidement indispensables à cause des phénomènes d'érosion intense, dans ces écologie où il pleut en général beaucoup et où l'agressivité des pluies surtout en début de saison est très forte. (pics de 100 ou 150 mm dans une journée) Travailler sur la mise au point et la diffusion de cette technique sous les tropiques lui a permis d'aborder les techniques de semis direct chez lui plus facilement.

  1. Quels étaient les contraintes les premières années ?

Pour résumer mes contraintes en semis direct sur couverture végétale les premières années :

  • prolifération de campagnols. Un mulch de blé ou d’orge est un milieu très favorable pour les campagnols et également pour les limaces et les escargots parce qu'ils ont accès à de la fraîcheur et de l'humidité qui restent.
  • limaces et escargots ça surtout sur les colza. Pourquoi ? Parce qu’en direct il se sème tôt (début août), et que c’est donc la seule plante présente à ce moment là.
  • blocages d'azote sur le colza derrière une paille, liés à la présence de biomasse de graminées. Les bactéries qui dégradent cette biomasse mangent une partie de l'azote du sol qui devient non disponible pour la plante. J'avais une contrainte pour les colza, c'est que je suis en zone vulnérable, et on avait interdiction à l'époque de mettre de l'azote à l'automne sur le colza.

2. Quels sont les solutions mises en place pour lever ces contraintes ?

La solution que j'ai trouvée pour enlever sur le colza les contraintes de campagnols, de limaces et de manque d'azote à l'automne, c'était de mettre mon colza derrière des légumineuses qui :

  • d'une part amènent de l'azote
  • deuxièmement qui ne laissent aucun mulch sur le sol quand je sème colza

J'ai fait des pois de printemps, des pois d’hivers, des lentilles (on a des lentilles du Berry). Quand vous avez récolté, une fois que ça passe dans le broyeur de la moissonneuse batteuse, vous n'avez pratiquement plus rien sur le sol. Si vous n'avez rien sur le sol les conditions sont très défavorables aux campagnols parce ils détestent ne pas avoir de couvert sur la tête, parce que les rapaces s'en occupent.

Pour les limaces et les escargots, comme je semais mes colzas début août quand vous avez 35 degrés à l'ombre l'été, vous n'aurez pas de limaces et d'escargots qui se baladent en surface.

3. Pourquoi je suis passé en couverture vive ?

J'ai travaillé avec des couverts annuels de 2001 à 2011, et à partir de 2011 je suis passé aux couvertures vivres en particulier de luzerne.

1/ J'ai travaillé sous les tropiques, sur les couvertures annuelles et les couvertures vives, et on se rend compte qu'au niveau économique c'est quand même les couvertures vives qui rapportent le plus d'argent, ce qui paraît un tout petit peu logique vue qu'elles sont là toute l'année. Par exemple avec la luzerne, vous avez des légumineuses qui vont travailler toute l'année, en même temps que votre culture. Donc tous les avantages liés à ces plantes là (les légumineuses) dans le semis direct vont être majorés nettement quand c'est une couverture vive.

2/ Deuxième avantage : quelque soit l'année climatique quand vous coupez votre blé ou votre colza, elle repousse puisque c'est pérenne, ce qui n'est pas le cas des couverts annuels. De plus, on a quand même un problème climatique sérieux, qui peut se traduire par des sécheresses fortes entre le 15 juin et le 15 août, ce qui fait que les couverts végétaux même installés juste après la moisson ne poussent pas.

Donc la réussite des couverts annuels d’été est de plus en plus incertaine.

Il y a peut être d’autres solutions : semer avant la moisson un mois/un mois et demi avant. Il faudrait alors prendre des plantes qui germent bien en surface et avoir du matériel pour semer avant la moisson.

L'avantage des couvertures vives :

  • quand c'est une légumineuses, il y a plus d'azote fixé parce qu'elle est là toute l'année
  • plus de mycorhization des sols et plus de mobilisation des bases.(les légumineuses mobilisent beaucoup plus les bases que des céréales)
  • plus de sécurité dans le système puisque vous êtes sûr d'avoir de beaux couverts chaque été. Or le semis direct ne fonctionne bien que si les couverts fonctionnent bien.

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